13 octobre 2026 | Reportage photographique
« Tellement d’élèves dans ma classe qu’on déborde dans la rue !!! »
La formule, inscrite sur une pancarte en carton, résume à elle seule une partie des revendications qui ont traversé Paris ce mardi 13 octobre. Pour le cinquième acte de la mobilisation lycéenne et étudiante, des manifestants se sont rassemblés place d’Italie avant de rejoindre les Invalides.
Mais les lycéens n’étaient pas seuls. Dans les rues de la capitale, de nombreux adultes, enseignants, parents et représentants syndicaux marchaient à leurs côtés.
L’éducation, au cœur des revendications
Classes surchargées, enseignants absents, établissements dégradés, inquiétudes autour de Parcoursup : les motifs de contestation se multiplient.
Le gouvernement a annoncé le déploiement de 3 000 enseignants remplaçants, tandis que l’Union syndicale des lycéens réclame notamment un plan d’urgence de 10 milliards d’euros pour les lycées et la suppression de Parcoursup.
La mobilisation dépasse désormais les établissements scolaires. Des associations de parents d’élèves, notamment la FCPE, ont également appelé à rejoindre le mouvement.
Sur les pancartes, les messages oscillent entre colère, humour et références culturelles.
« L’éducation est un droit, pas un privilège de riches », rappelle l’une d’elles.
« J’enseigne 1789, on passe aux travaux pratiques », annonce une autre, invoquant avec humour l’histoire révolutionnaire française.
Plus loin, une pancarte détourne l’univers dystopique de Hunger Games : « On voulait une licence, pas des Hunger Games ».
Une autre interpelle directement les médias : « Écoutons les jeunes, pas CNEWS ».
Au fil du cortège, ces messages composent une sorte de portrait collectif, entre inquiétudes pour l’avenir, critiques du système éducatif et désir d’être entendu.
Une manifestation aux multiples visages
J’ai suivi le cortège depuis la place d’Italie, le remontant progressivement, appareil photo en main.
Sur mon parcours, j’ai vu des personnes marcher tranquillement, parfois en silence, parfois en scandant des slogans, en chantant ou même en dansant.
Aucune violence ni aucun débordement ne se sont produits sous mes yeux durant cette progression.
La diversité des participants était particulièrement frappante. Jeunes et moins jeunes se côtoyaient, certains arborant des drapeaux syndicaux, d’autres des drapeaux français, palestiniens ou arc-en-ciel.
La question du maintien de l’ordre était également présente dans les slogans, plusieurs pancartes dénonçant les violences policières. « Le bac, pas les matraques », pouvait-on notamment lire.
Aux Invalides, une atmosphère différente
En arrivant parmi les premiers aux abords de la station La Tour-Maubourg, j’ai vu plusieurs motos de la BRAV-M rejoindre les lieux.
Les policiers sont descendus, ont indiqué que la manifestation était terminée et demandé aux personnes présentes de quitter le secteur, rappelant la proximité d’une station de métro.
Ils ont formé une ligne, matraques en main, certaines levées.
J’ai pu passer entre deux agents en levant mon appareil photo, sans être empêché. Mais cet accueil m’a semblé particulièrement froid, contrastant avec l’atmosphère que je venais de traverser.
Le travail des forces de l’ordre est difficile et mérite le respect. Sans connaître les consignes données aux agents ni ce qui se passait dans les rues voisines, il serait hasardeux de juger de la nécessité du dispositif. Reste cette impression d’une fermeté peu en accord avec le calme que j’avais personnellement observé.
Ce que racontent les images
Une manifestation ne se résume pas aux confrontations qui peuvent parfois l’accompagner.
Elle existe aussi dans ces moments moins spectaculaires, lorsque des individus avancent ensemble, affichent leurs convictions, confrontent leurs inquiétudes et donnent une forme visible à leurs revendications.
Ce 13 octobre, de la place d’Italie aux Invalides, c’est cette dimension que j’ai principalement photographiée.
Des pancartes fabriquées à la main, de l’humour, des visages, des générations réunies.
Et derrière les slogans, une question qui dépasse largement la rue : quelle place notre société entend-elle accorder à sa jeunesse et à l’éducation ?

