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Toulouse : Le Nouveau Printemps 2026 s’offre Rossy de Palma (et bascule côté Espagne)

Toulouse prépare un printemps qui ne sera pas juste “un festival de plus”. Du 29 mai au 28 juin 2026, Le Nouveau Printemps revient avec une édition qui ressemble davantage à une déclaration d’amour à la ville qu’à une opération culturelle bien emballée. Pas une déclaration façon carte postale, mais quelque chose de plus vivant, plus risqué, plus incarné, comme un choc doux qui traverse un quartier et laisse des traces.

Pilar Albarracín,La Noche 1002 II

Pour imaginer cette édition, le festival s’offre une figure rare : Rossy de Palma. On la connaît évidemment pour le cinéma, pour cette présence inimitable qui appartient à l’histoire d’un certain imaginaire espagnol, mais Le Nouveau Printemps ne l’invite pas pour “faire joli” sur une affiche. Rossy de Palma est artiste associée, et ça change tout. Cela veut dire qu’elle compose l’édition, qu’elle en donne le ton, qu’elle en fabrique l’esprit, comme on construit un film : par choix, par rythme, par rencontres, par gestes.

Après Matali Crasset (2023), Alain Guiraudie (2024) et Kiddy Smile (2025), le festival continue d’affirmer une ligne qu’on aimerait voir plus souvent : une création contemporaine qui reste accessible sans jamais devenir tiède, populaire sans se simplifier, exigeante sans se refermer. Et en 2026, le mot qui revient, celui qui semble porter l’ensemble, est assez clair : liberté.

Rossy de Palma par Manuel Outumuro, 1994 – 2017


Ce matin, lors d’une conférence de presse à la Fondation Cartier, Rossy de Palma a d’ailleurs posé une phrase qui résume parfaitement sa manière d’être au monde, et peut-être aussi l’esprit de cette édition :
« Les artistes sont des vecteurs de l’art. »

Elle ne parle pas comme une “personnalité invitée”, elle parle comme quelqu’un qui sait que l’art n’est pas un statut, ni une propriété. C’est une circulation, une intensité qui traverse les gens, les lieux, les moments. Elle insiste aussi sur ce qu’elle est : une artiste interprète, et non une comédienne. Une nuance qui dit beaucoup. Elle ne vient pas jouer un rôle, elle vient provoquer des rencontres, faire advenir des formes, créer des ponts.

Car l’autre axe majeur de cette édition, c’est l’Espagne. Pas une Espagne folklorique, pas une Espagne réduite à des clichés. Plutôt une Espagne comme perspective artistique et européenne, comme direction assumée, comme espace de coopération. L’idée est claire : ouvrir des ponts, renforcer un axe binational, et faire de Toulouse un point de passage culturel plus large que son propre territoire.

Et puis il y a le terrain. Le Nouveau Printemps 2026 s’ancre dans un secteur très précis de Toulouse : Marengo, Bonnefoy, Jolimont, autour du quartier de la gare. Un choix intelligent, parce que ces faubourgs aux origines rurales, commerciales et ouvrières sont aujourd’hui au cœur d’une transformation urbaine majeure. C’est un quartier vivant, central, traversé par des chantiers, des tensions, des attentes, parfois des controverses, mais surtout par une histoire populaire et culturelle extrêmement riche. Le festival ne vient pas s’y poser comme dans un décor, il vient dialoguer avec ce qui bouge. Et c’est là que l’art retrouve son sens : quand il s’inscrit dans un lieu réel, dans un quartier qui se transforme, dans une ville qui se traverse.

Le quartier est aussi un écosystème dense : la gare, la grande médiathèque, un centre culturel (ancien haras national), un centre d’art, des ateliers d’artistes, des architectes, un observatoire, un pôle d’économie sociale et solidaire, et même un futur cinéma. Un terrain parfait pour une édition qui veut connecter la création contemporaine au réel, sans posture.

Et ce n’est pas seulement une idée sur le papier : dès l’ouverture, la gare Matabiau devient elle-même une surface d’art. L’artiste espagnole Pilar Albarracín installe sur la façade principale deux photographies monumentales, En la piel del otro, comme un geste direct, frontal, impossible à rater. Un tapis de corps enlacés, vêtus de robes de flamenco, une masse vivante où l’individu se dissout dans le collectif, sans jamais disparaître. Le flamenco, ici, cesse d’être un folklore. Il devient un langage, un rituel, une manière de tenir debout ensemble. Et l’idée de le placer sur la façade d’une gare, au milieu des flux, des départs, des retours, est presque parfaite : l’art comme halte, au milieu du mouvement.

La promesse est celle d’un parcours d’exposition inédit, rassemblant des pratiques multiples, en complicité avec les partenaires et les habitant·e·s. Et comme chaque année, le week-end d’ouverture sera pensé comme un moment de rassemblement. Mais l’édition 2026 semble pousser l’idée plus loin : deux soirées familiales, au Jardin Michelet et au Centre culturel Bonnefoy, avec des performances et des présences qui donnent le ton. On y croisera notamment Pilar Albarracín, Ernesto Artillo, Dalila Dalléas Bouzar, Ahmed Umar, et Rossy de Palma elle-même, entourée d’une constellation d’artistes où le flamenco et le fandango ne viennent pas faire “couleur locale”, mais ouvrir des brèches, mettre le corps au centre, faire circuler une énergie brute. On annonce déjà Inka Romani, La Chachi, Maui, et une série de propositions qui semblent vouloir mêler intensité populaire et art contemporain sans s’excuser.

Et comme Rossy de Palma n’arrive jamais sans cinéma, Le Nouveau Printemps pousse aussi une ligne film beaucoup plus solide que la simple “projection événement”. Il y aura une rencontre à la Cinémathèque de Toulouse, et surtout une carte blanche pensée comme une vraie programmation : huit séances, étalées du 30 mai au 28 juin. Ce détail n’en est pas un. Il rappelle que le festival n’est pas seulement un parcours d’exposition, mais un dispositif plus large : une ville qui se regarde, qui se projette, qui s’écoute, comme un film.

Dans les expositions, on retrouvera aussi Diaspora Wonderland Toulouse, un projet circulaire européen autour des diasporas afro-méditerranéennes, avec notamment Pilar Albarracín, Sophia Kacimi et Nassim Azarzar. Une manière d’élargir le regard, de connecter la perspective espagnole à d’autres récits, d’autres géographies, d’autres identités, sans jamais réduire la culture à un simple “thème”.

Rossy de Palma a aussi prononcé une autre phrase, très simple, presque lumineuse :
« La beauté est visible en tout. Être artiste, c’est être éveillé. »
C’est peut-être là, au fond, que Le Nouveau Printemps réussit souvent : rendre l’art moins intimidant, plus accessible, non pas en le simplifiant, mais en le ramenant à quelque chose de fondamental. Le regard. L’attention. La présence.

ROSSY DE PALAMA@Manuel Outumuro

Et derrière cette liberté affichée, il y a aussi une structure qui tient : une politique éco-responsable engagée depuis 2023, une réduction importante de l’empreinte carbone liée aux déplacements, et une ligne assumée (pas d’acheminement d’œuvres par avion). Le festival met aussi en place des dispositifs de médiation très concrets : journal enfants, guide en FALC, visites en LSF, parcours adaptés aux publics malvoyants, et des soirées annoncées comme entièrement accessibles. Là encore, pas du discours : du réel.

Le Nouveau Printemps 2026 vend l’idée qu’un mois peut suffire à faire basculer une ville, à la transformer en atelier, en scène, en terrain de rencontres. Et avec Rossy de Palma aux commandes, on peut s’attendre à une édition où les libertés seront assumées, où la beauté surgira dans des coins inattendus, et où l’art cessera d’être un décor pour redevenir une force.

Un mois. Un quartier. Une ville qui accepte enfin d’être surprise!


Infos pratiques

Le Nouveau Printemps 2026
📍 Toulouse (quartier Marengo / Bonnefoy / Jolimont)
📅 Du 29 mai au 28 juin 2026

Paloma de La Cruz, Dance for the Bat Who Wanted to Be a Fan

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