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Comment j’ai arrêté la cigarette

A l’heure ou j’écris, j’ai très envie d’une cigarette. Mais j’ai décidé de ne plus fumer. Voici comment j’ai procédé.

L’année du bicentenaire de la Révolution a été une belle grosse claque pour mes petites joues : un divorce, un déménagement de Paris à Boulogne, un habitat sans paternel, une voiture qui grille un feu Place des Fêtes et moi 48h dans le coma. Bref, la bonne année. Et pour déconner je fumais mes feuilles de cahier car j’adorais le geste. Et surtout la fumée.

L’été de cette année, à tout juste 11 ans donc, je goûte trop tôt à la cigarette, que je ne lacherai plus jusqu’à mes 36 ans : 25 ans de cigarette, dont 20 à fumer près de deux paquets par jour, et 5 à ralentir sans y parvenir. De nombreux essais d’arrêt plus tard, je fumais toujours, et goulument. Disons que j’ai fumé 280 000 cigarettes pour arrondir.

Quand j’étais petit, je fumais en cachette au cinéma Le Royal à Biarritz, je fumais dans les avions avec les grands au dernier rang, je fumais en concert, en club. Au restaurant je choisissais fumeur ou non fumeur. Dans les bars, les comptoirs étaient des cendriers géants. Je pouvais acheter si besoin mes clopes à l’unité à l’épicerie du coin ou à tout café moyennant des prix astronomiques.

En 2007, je passe au patch nicotine; ce fut un bel échec : démangeaisons, peau rougie, mal à l’épaule, tête qui tourne trop, et impossible de lâcher la cigarette, car j’étais trop attaché peut-être au reflexe de la gestuelle, à la contenance que porter la cigarette procure, et aussi a la sensation de la fumée dans la gorge.

Puis en 2008 j’achète mes premières Nicorette, goût nature. Leur goût fade et piquant me dégoutent et me cassent la machoire; elles étaient trop dures à mastiquer et créait un jus très désagréable : abandon sous quinzaine

Deux ans plus tard, en 2010, j’envisage une renaissance possible grâce à la cigarette électronique. C’était géant, je pouvais refumer dans les avions, même au cinéma, au restaurant, et surtout au boulot, c’était parfait. Tout le monde trouvait cela génial, venait poser des questions, trouvait que ça sentait bon.
Mes cigarettes électroniques n’avaient rien à voir avec les merdes que l’on vous vend à l’heure actuelle à chaque coin de rue, avec le tube transparent. Le truc moche et qui est le même pour presque tout le monde. Oui presque parce que je n’avais pas accès à vos super cigares électroniques à gros débit. Tant mieux pour moi.
Bref mes clopes électro étaient des répliques exactes des cigarettes, même taille même couleur pour l’une, seulement le bout, la braise factice, qui s’allumait. Que ce soit avec celle là ou avec sa jumelle noire très chic et discrète comme j’aime, au même gabarit invisible, dans la rue on me demandait encore une cigarette. C’était drôle.

Bien sûr on lisait, comme encore maintenant, que personne n’est sûr du contenu. Est-ce vraiment sans risque ? Est-ce pire ou mieux ? Et dans 10 ans ? Et dans 20 ans ?

Il fallait faire attention à cette nicotine liquide, que je déposais avec grand soin les premiers jours sur les cartouches de mousse prévus à cet effet, et que je finissais par manipuler sans peur ni honte, à m’en mettre plein les doigts. J’avais ce modèle de batterie qui pouvait aussi se brancher en USB pour fonctionner : je fumais mon PC nuit et jour et c’était parfait.

Mais 3 ans d’excès technologique après j’ai décidé de tout jeter.

J’avais vu en 2013 un pub tv pour le spray de nicotine et j’avais trouvé cela naze. 10 jours après je finis par l’acheter, et une nouvelle folie, une nouvelle réponse, un nouveau plaisir débarque dans ma vie.

Un soir de déclic, en plein digestion de repas de fête bien arrosé, je me traine à la fenêtre pour allumer une cigarette : j’imagine pouvoir tirer une grosse taffe et savourer ce petit goût âcre et froid, me sentir apaisé ou presque, et me dire que c’est agréable malgré l’odeur collante bien puante, l’impression de froid et l’envie de retourner au chaud, mais avec la gorge sèche de fumée.

Bref, un beau moment en perspective. Mais cette clope là, voyez, je n’allume pas et décide de ne m’en remettre qu’au spray. Je me suis bien brûlé la langue parfois, et la gorge aussi, souvent. J’apparaissais comme une sorte d’asthmatique frénétique aspirant sa ventoline, et le spray me donnait parfois des hoquets phénoménaux.

A force que l’on me demande si j’ai de l’asthme, je décide d’abandonner au profit de la Nicorette en gomme, proposant des saveurs nouvelles : goût menthe, fraiche ou forte, du moment que cela fait frais, que ce soit invisible et que cela me calme instantanément. Invisible certes, mais mes poches déformées par les paquets de 30 puis de 96 étaient bien visibles elles.

Les dosages, je les connaissais par cœur : 1mg pour les « bébés ». Jamais de la vie : 2 mg, très bien pour avoir de l’énergie et en même temps un calme momentané. A ne pas utiliser n’importe quand sous peine d’explosion anatomique.
4 mg, impeccable. Mais très vite, au bout de 4 mois environ, je me suis rendu compte que c’était trop fort : tête qui tourne, nausée, problème pour trouver mes mots, fatigue, mauvaise humeur, méfiance etc.

Donc ma recette pendant 2 ans : 2 mg non stop, et 4 mg pour relaxation plus radicale.
Beaucoup, cela veut dire que je me rendais compte que toutes les 20 minutes je crachais une gomme pour en prendre une autre, pour en apprécier le croquant, la menthe puis le mini rush de nicotine, et que ce n’était pas du tout conseillé. Je ne l’ai appris que sur la fin, n’ayant jamais lu la doc auparavant.

Et il y a quelques jours, c’était mercredi 21 septembre, j’ai décidé de tout stopper. C’est à dire stopper les deux derniers fournisseurs de drogue : gomme 2 mg menthe truc et gomme 4 mg menthe machin.

Je me sens bien, j’ai une pêche terrible. Je me sens par contre vincible. Comment j’ai fait pour arrêter ? J’ai voulu retrouver ce que j’ai apprécié à chaque fois que je ralentissais et tentais d’arrêter : l’énergie qui monte, qui monte. Et que l’on fait systématiquement redescendre avec une cigarette. Le plus tôt vous fumer cette cigarette dans la journée, le plus vite vous sabotez votre propre énergie, qui n’a même pas eu le temps de monter dans la matinée.

Avec une cigarette, c’était comme si à 07h du mat’ je faisais du 10 km/h, puis du 30 km/h à 08h. Puis après une 1ere cigarette je passais à 32 km/h et je gardais cette vitesse jusqu’à 11h. Ensuite je passais à 60 km/h pour stagner.

Sans cigarette c’est plutôt 07h>10 km/h, 08h>30km/h, 10>80km/h, 17>120km/h. Le seul soucis, c’est que cette énergie ne parait jamais s’arrêter à part en fin de journée, une fois alité. Mon rêve aujourd’hui : ne jamais avoir trop fumé pour pouvoir m’en griller une de temps en temps, sans avoir peur de replonger, comme c’est le cas pour ma consommation d’alcool, sans réel risque, car trop rare et festive.

Et vous ? Vous en êtes ou ?

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