Hollywood Millennials au Forum des images : quand Hollywood se souvient de lui-même

Du 6 janvier au 19 mars 2026, le Forum des images propose l’un de ces programmes rares qui font battre le cœur des cinéphiles. Hollywood Millennials est un dialogue frontal entre l’âge d’or des studios hollywoodiens et une génération de cinéastes contemporains qui, depuis les années 1990, ont choisi de réactiver ses formes, ses mythes et ses récits.

À l’heure où le cinéma se fragmente entre franchises industrielles et objets expérimentaux, ce cycle rappelle une évidence trop souvent oubliée : Hollywood n’est pas qu’un système, c’est un langage. Et certains cinéastes d’aujourd’hui le parlent encore couramment.

On a souvent parlé de néoclassicisme pour qualifier le cinéma de Clint Eastwood, James Gray, Todd Haynes ou Jeff Nichols. Le programme du Forum prend cette idée au sérieux, sans la muséifier. Ici, il ne s’agit pas d’imitation mais de transmission. Ces auteurs revisitent les genres hollywoodiens classiques mélodrame, film noir, western, film de procès, comédie sophistiquée en les déplaçant, en les fissurant, en les confrontant au présent.

Le dispositif des double features est la clé du programme. Chaque séance fait dialoguer un film classique des années 1930 à 1960 avec une œuvre contemporaine qui en prolonge ou contredit l’héritage. Les correspondances sont parfois évidentes, parfois déroutantes, toujours stimulantes.

Le spectateur passe ainsi du mélodrame flamboyant de Douglas Sirk à la relecture intime et politique de Pedro Almodóvar ou Todd Haynes. Du western de Howard Hawks à sa version crépusculaire contemporaine. Du fantastique élégant de Jacques Tourneur à la radicalité viscérale de Coralie Fargeat.

Certaines associations frappent par leur justesse. Barbie de Greta Gerwig face au Magicien d’Oz. Autopsie d’un meurtre d’Otto Preminger dialoguant avec Juré n°2 d’Eastwood. La Féline trouvant une héritière inattendue dans Tiger Stripes. Ces rapprochements racontent une histoire du cinéma vivante, organique, loin de toute sacralisation figée.

Temps fort du cycle, la rétrospective intégrale consacrée à Jeff Nichols, du 6 au 8 février, agit comme un manifeste silencieux. De Shotgun Stories à The Bikeriders, Nichols filme l’Amérique comme un territoire mythologique, traversé par des figures familiales, des conflits moraux et une mélancolie très classique.

Son cinéma semble toujours se souvenir d’un âge d’or qu’il n’a pas connu directement, mais dont il a intégré la grammaire. Une manière de filmer les corps, les silences, les paysages, qui fait de lui l’un des héritiers les plus sincères du Hollywood classique, sans ironie ni citation ostentatoire.

Le programme accorde une place centrale aux réalisatrices. Dès la soirée d’ouverture, The Mastermind de Kelly Reichardt détourne le film de braquage pour en faire un road movie automnal et jazzy. Le lendemain, le dialogue entre Bigamie d’Ida Lupino et In the Cut de Jane Campion éclaire une autre histoire d’Hollywood, plus souterraine, plus politique, longtemps marginalisée.

Cette attention aux marges se prolonge dans les documentaires, des sœurs Kuperberg à The Celluloid Closet, qui révèlent les zones d’ombre du système des studios, notamment la question queer, longtemps dissimulée sous le vernis de la censure.

Hollywood Millennials n’est pas qu’un programme de projections. Les cours de cinéma, animés par universitaires, critiques et historiens, prolongent l’expérience en profondeur. Du néoclassicisme au complexe du remake, du jazz à la question queer, ces rendez-vous replacent les films dans une histoire culturelle, politique et esthétique plus large.

Ils rappellent que l’héritage hollywoodien n’est pas un bloc monolithique, mais un ensemble de tensions, de compromis et de réinventions permanentes.


Infos pratiques

Hollywood Millennials
Du 6 janvier au 19 mars 2026
Forum des images
Westfield Forum des Halles
2 rue du Cinéma, 75001 Paris

Tarifs de 4 € à 7,50 €
Cours du vendredi : 5 €

Programmation complète et horaires sur le site du Forum des images.

Sur Superhero.fr, on aime quand le cinéma regarde son passé droit dans les yeux pour mieux avancer. Ce programme en est la preuve éclatante.

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