Il y a des lieux qui ferment et qu’on oublie.
Et puis il y a ceux dont la disparition laisse un vide étrange, diffus, presque physique.
Le Bus Palladium fait partie de ceux-là.
Pigalle sans le Bus, c’était comme une nuit sans musique.
Un quartier debout, mais un peu muet.
En mars 2026, le Bus Palladium rouvre.
Pas comme un décor nostalgique.
Comme un signal.
Pourquoi cette réouverture compte vraiment
Depuis quelques années, on sort moins.
On se méfie.
On calcule.
On consomme la musique en solitaire, au casque, en streaming, sans sueur ni regards croisés.
La fête est devenue un souvenir, parfois un luxe, parfois un risque.
Or la culture, la vraie, ne survit pas sous cloche.
Elle a besoin de corps, de volume, de décibels, d’accidents heureux.
De nuits qui débordent.
Le Bus Palladium n’a jamais été un simple club.
C’était un lieu de frottement social, artistique, générationnel.
Un dancefloor où se croisaient ouvriers, musiciens, dandys, écrivains, mannequins, anonymes et légendes.
Un endroit où l’on n’entrait pas pour être vu, mais pour être traversé.
De Dalí et sa panthère à Gainsbourg, des Beatles à Otis Redding, de Téléphone aux Rita Mitsouko, le Bus a toujours été un théâtre de liberté.
Pas une vitrine. Une scène.
Une renaissance, pas une reconstitution
La fermeture de 2022 a laissé un manque clair.
Celui d’un espace « à part », hors algorithmes, hors storytelling prémâché.
La renaissance du Bus Palladium naît d’une rencontre, presque banale, presque belle.
Christian Casmèze, héritier du lieu, porteur de sa mémoire.
Nicolas Saltiel, fondateur de Chapitre Six, qui connaît le Bus de l’intérieur, pour y avoir travaillé jeune.
Mémoire et vision.
Respect et audace.
Pour cela, ils s’entourent du Studio KO, dont l’architecture raconte au lieu de décorer.
Un brutalisme habité, sensuel, coloré.
Béton contre velours.
Ombres profondes, matières tactiles, références rock, éclats presque surréalistes.
Un bâtiment qui assume une attitude.
Ici, l’architecture devient un récit. Presque un film.
La nuit comme culture vivante
La direction artistique est confiée à Caroline de Maigret, figure de Pigalle, productrice musicale, passeuse de goûts.
Playlists pensées comme des narrations.
Une identité sonore, olfactive, vestimentaire.
Une ambiance qui se ressent avant de se comprendre.
La scène musicale renaît sous l’impulsion de Lionel Bensemoun, figure clé de la nuit parisienne.
Le parti pris est clair :
rendre au Bus son rôle de plateforme centrale.
Concerts, DJ sets, performances, aftershows.
200 personnes.
Un son d’exception.
Une lumière qui sculpte la nuit.
Pas un club élitiste. Un lieu fédérateur.
Un hôtel noctambule, pas un sanctuaire bourgeois
Oui, le Bus Palladium devient aussi un hôtel cinq étoiles.
Mais à contre-courant.
Un hôtel pensé pour ceux qui vivent la nuit autant que le jour.
35 chambres, une suite rock, un restaurant ouvert 24h/24, un bar à haute fréquence, un rooftop intimiste.
Un lieu où l’on peut dormir, créer, discuter, travailler, danser, ou ne pas dormir du tout.
La cuisine, confiée à Valentin Raffali, suit la même ligne : juste, libre, concentrée, sans démonstration inutile.
Pourquoi on en avait besoin
Rouvrir le Bus Palladium, c’est réaffirmer quelque chose de simple et vital :
La fête a du sens.
La musique a besoin d’espace.
La nuit est un lieu culturel.
À l’heure où tout semble se refermer, se lisser, s’éteindre doucement,
le retour du Bus Palladium rappelle que le rock n’est pas mort,
qu’il change de forme,
mais qu’il continue de battre là où on lui laisse de la place.
Pigalle retrouve un cœur qui tape fort.
Un endroit où l’on passe.
Où l’on reste.
Où l’on revient.
Et parfois, où l’on se perd un peu.
Heureusement.
Ouverture : mars 2026
Bus Palladium – 6 rue Pierre Fontaine, Paris 9e