MUSIP : à l’heure des images fabriquées, un musée pour apprendre à regarder l’information

À Paris, le MUSIP, Musée de l’info et de la presse, veut donner au public les moyens de comprendre comment se construit une information. Images générées par l’IA, choix éditoriaux, vérification des sources : ce projet porté par Antoine Mariotti et Cécile Galluccio interroge notre manière de regarder le monde. Son ouverture physique est envisagée à l’horizon 2029, avec de premières activités numériques dès cet automne.

Une photographie surgit sur un écran. Elle semble tout dire : un événement, une émotion, une preuve. Pourtant, que savons-nous de son origine ? Qui l’a prise, à quel moment, dans quel contexte ? Et que change la légende qui l’accompagne ? À ces questions anciennes s’ajoute désormais une possibilité supplémentaire : que la scène elle-même ait été fabriquée.

Pour un regard nourri de cinéma et de photographie, cette incertitude touche quelque chose d’essentiel. Le cadrage, le montage, le son et les mots orientent notre lecture d’une image. Dans l’information, comprendre ces choix permet de mieux apprécier ce qu’un document montre, ce qu’il laisse hors champ et ce qu’on lui fait raconter. C’est une porte d’entrée particulièrement stimulante dans le projet du MUSIP, dévoilé dans son dossier de presse de septembre 2026.

Présentation des cofondateurs du MUSIP devant le public
Présentation du projet par ses cofondateurs, Antoine Mariotti et Cécile Galluccio. © Philippe Servent / MUSIP.

Le MUSIP, un musée pour comprendre la fabrique de l’information

Le futur Musée de l’info et de la presse prévoit un parcours permanent consacré à la fabrication de l’information, à l’évolution du journalisme et à la liberté de la presse. L’histoire des médias y croisera les transformations contemporaines, de l’imprimerie à l’intelligence artificielle.

Le projet entend rendre visibles les étapes qui précèdent une publication : choisir un sujet, identifier des sources, recouper des faits, établir une hiérarchie, puis trouver une forme pour les transmettre. Autant de décisions souvent effacées derrière le résultat final, qu’il s’agisse d’un article, d’une photographie ou d’un reportage télévisé.

L’intérêt de cette approche tient aussi à la place annoncée pour les limites du métier. Contraintes, erreurs et mauvaises pratiques doivent pouvoir être discutées. La confiance se nourrit de méthodes compréhensibles et de questions auxquelles on accepte de répondre.

Une image, plusieurs récits

L’un des trois volets du parcours portera le nom de « La guerre des récits ». Il explorera la manière dont un même fait peut être présenté selon plusieurs angles : choix d’un titre, d’une image, d’un interlocuteur ou d’un point de vue. Cette diversité appelle une distinction essentielle entre interprétation, sélection éditoriale et falsification.

Une photographie authentique peut ainsi devenir trompeuse lorsqu’elle circule avec une date ou une légende erronée. Une séquence vidéo peut perdre une partie de son sens lorsqu’elle est isolée de ce qui la précède. L’IA élargit encore le champ des images possibles et rend la question de leur provenance plus pressante.

Ce terrain rejoint directement celui du spectateur. Nous savons qu’un film construit un récit ; devant une image d’actualité, nous oublions parfois d’interroger les conditions de sa production et de sa diffusion. Apprendre à regarder suppose aussi de retrouver ces réflexes.

Passer dans les coulisses d’une rédaction

Panneaux présentant les ambitions et les expériences prévues au MUSIP
Les panneaux du lancement présentent les dimensions interactive, immersive et pédagogique du futur musée. © Philippe Servent / MUSIP.

Le volet « La fabrique de l’info » doit permettre aux visiteurs de se confronter à ces choix. Selon le dossier de presse, des studios de radio et de télévision ainsi qu’un atelier de mise en page sont prévus pour expérimenter certaines étapes du travail journalistique.

Le troisième ensemble, « Information et démocratie », abordera les conséquences de la censure et des entraves au travail des journalistes. Un mémorial est également annoncé pour celles et ceux qui ont perdu la vie dans l’exercice de leur métier, avec une attention portée à leurs reportages et aux histoires qu’ils cherchaient à documenter.

Le programme prévoit une place importante pour les jeunes publics, dès l’école primaire. Une journée par semaine serait consacrée aux scolaires, avec des projets préparés en classe puis prolongés sur place. La pratique peut rendre très concrètes des notions comme le recoupement, la responsabilité d’un titre ou la différence entre un fait et une opinion.

Antoine Mariotti et Cécile Galluccio à l’origine du projet

Le MUSIP est porté par Antoine Mariotti, journaliste, auteur et réalisateur, président fondateur du projet, et par sa cofondatrice Cécile Galluccio. Le conseil scientifique et culturel est présidé par Annick Cojean, grande reporter au Monde. Journalistes, historiens, spécialistes des médias et professionnels des musées participent à son élaboration.

Cette rencontre de compétences devra se traduire dans l’expérience proposée au public. Le défi sera de rendre les mécanismes de l’information accessibles tout en laissant une place réelle au doute, à la discussion et à la complexité. C’est sur cette capacité que le projet sera intéressant à suivre.

Intervention à la tribune sous le nom d’Annick Cojean, présidente du conseil scientifique et culturel du MUSIP
Intervention d’Annick Cojean, présidente du conseil scientifique et culturel, lors de la présentation du projet. © Philippe Servent / MUSIP.

Quand ouvrira le Musée de l’info et de la presse ?

Le calendrier communiqué distingue trois étapes. Le déploiement numérique débute à l’automne 2026 avec un premier module consacré à la fabrique de l’information. Des conférences, tables rondes, expositions et projections sont annoncées à partir de janvier 2027, à Paris, ailleurs en France et à l’international.

L’ouverture du musée physique à Paris est envisagée à l’horizon 2029. Le dossier consulté ne précise pas son adresse ni une date d’inauguration définitive. Il prévoit ensuite deux expositions temporaires par an, un festival annuel et une programmation évoluant au rythme de l’actualité.

Le MUSIP se présente donc aujourd’hui comme un projet en développement, dont les premiers rendez-vous permettront de découvrir progressivement les contenus. Son ambition touche déjà une question très quotidienne : que faut-il savoir d’une image avant de la croire, de la commenter ou de la partager ?

Pour suivre le projet : consulter le site officiel du MUSIP.

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Découvrir le teaser du MUSIP

Vidéo de présentation fournie par le MUSIP. Ouvrir le teaser dans une nouvelle fenêtre.

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