Le 13 juin prochain, les portes de l’UGC Normandie, l’avant-dernier cinéma des Champs-Élysées, se fermeront définitivement. Ce lieu, chargé d’histoire, a accueilli des générations de cinéphiles depuis son ouverture le 4 février 1937.
Filmer les salles avant leur fermeture
Avant cette fermeture, j’ai réalisé Crépuscule du cinéma UGC Normandie pour conserver une trace des lieux. Le film parcourt les salles désertes et s’attarde sur ce qui, pendant une séance, reste habituellement à la périphérie du regard : les fauteuils, les murs, les reflets et les ombres.
Sans dialogues ni voix off, cette traversée laisse du temps aux espaces. La lumière révèle les matières et les proportions. L’absence de spectateurs rend particulièrement visibles la disposition des sièges et l’architecture qui organise les regards vers l’écran.
Voir « Crépuscule du cinéma UGC Normandie »
Un cinéma dans l’histoire de l’avenue
Conçu en 1937 par les architectes Pierre de Montaut et Adrienne Gorska, le Normandie appartient à l’histoire des grandes salles parisiennes. En 2004, la Commission du Vieux Paris soulignait la qualité de ses décors et souhaitait une extension de leur protection au titre des monuments historiques.
Pour expliquer sa décision de fermer le cinéma, UGC avait invoqué la baisse de fréquentation des salles sur les Champs-Élysées et la forte augmentation des loyers. Le groupe avait accompagné les dernières semaines d’exploitation d’une programmation spéciale, jusqu’au 13 juin 2024.
La mémoire d’un cinéma tient aussi à des gestes ordinaires : attendre dans le hall, chercher sa place, voir la salle s’obscurcir, retrouver l’avenue après la projection. Les espaces filmés renvoient à cette expérience partagée. Ils gardent la forme d’un lieu conçu pour réunir des spectateurs autour d’un même écran.