Il y a des artistes qui avancent à découvert. Et d’autres qui, après avoir traversé la lumière, choisissent volontairement des zones plus calmes. La photographie fait partie de ces territoires. Chez Jean-Marc Barr, elle n’est ni un hobby ni une échappatoire. Elle est un espace vital.
Quand il parle d’image fixe, ce n’est jamais en technicien. C’est en homme qui a connu le succès très tôt, presque trop tôt. Le Grand Bleu a réglé beaucoup de choses, dit-il. Trop, peut-être. Le rapport au métier d’acteur s’est figé dans un système de service, de rôle assigné, de regard extérieur. La photographie, elle, est arrivée ailleurs. Comme un appel.

Ce qui frappe dans cet entretien, c’est la manière dont Barr parle de création sans jamais employer les mots attendus. Pas de carrière. Pas de stratégie. Pas même de reconnaissance. Il parle de nécessité. D’un besoin intime de rester relié à quelque chose de vrai, loin de la machine.
La photographie lui offre précisément cela : un rapport direct au monde, sans intermédiaire. Là où le cinéma implique des équipes, des attentes, des projections, l’image fixe devient un dialogue silencieux. Un face-à-face. Une façon d’être au service de ce qui est là, plutôt que de ce qui est attendu.
Barr évoque aussi l’enfance. La sienne, celle de son fils. Non comme un souvenir figé, mais comme un état à préserver. Une disponibilité au réel. Une capacité à regarder sans immédiatement transformer. Photographier, pour lui, c’est rester dans cette zone fragile où l’on n’explique pas encore.
Il parle de femmes photographiées, non pas comme des sujets, mais comme des présences liées à un moment précis de sa vie. Il ne cherche pas à reproduire. Il sait que c’est impossible. Ce qu’il cherche, c’est la trace d’un état intérieur, d’un voyage émotionnel. La photographie devient alors mémoire vivante, non nostalgie.
Ce rapport au temps est central. Loin de la fascination pour la jeunesse éternelle ou l’image parfaite, Barr assume le passage. Il photographie ce qui ne reviendra pas. Ce qui ne peut pas être refait. Et c’est précisément là que l’image prend de la valeur.
Dans cet entretien, il n’y a pas de discours théorique sur l’art. Il y a quelque chose de plus rare : une parole qui accepte ses propres limites. Une parole qui reconnaît que créer, parfois, consiste simplement à rester humain. À ne pas trahir ce qui nous a traversés.
À l’heure où l’image est partout, instantanée, consommable, Jean-Marc Barr rappelle que la photographie est un acte, fait par un humain, pour tenter de rester en lien avec le monde.
Et c’est peut-être là que réside sa vraie liberté.