Vallotton à Jacquemart-André : le trouble derrière les apparences

Du 26 février au 1er août 2027, le musée Jacquemart-André présentera « Vallotton. La Comédie humaine ». Une soixantaine de peintures, gravures et illustrations exploreront le regard ironique de l’artiste sur la société, le couple et la famille. Un parcours où les images racontent souvent davantage que ce qu’elles montrent.

Un couple qui s’étreint, deux personnes attablées, un enfant qui court : chez Félix Vallotton, une scène ordinaire peut devenir une énigme. La précision des formes ne dissipe pas l’incertitude. Elle nous laisse au contraire tout le loisir d’observer un regard, une posture, la place occupée dans une pièce. Et d’imaginer l’histoire qui se joue entre les personnages.

C’est cette faculté à rendre sensibles les tensions humaines que l’exposition parisienne choisira de suivre. Le sous-titre, La Comédie humaine, renvoie à Balzac : à travers les ambitions, les désirs et les conventions, une société se révèle. Vallotton en propose sa propre lecture, faite de couleur, de noir et blanc, de silences et d’ironie.

Paris, une société en représentation

Né à Lausanne en 1865, arrivé à Paris en 1882 et naturalisé français en 1900, Vallotton est peintre, graveur, illustrateur et écrivain. Il rejoint les Nabis en 1893. Dessin simplifié, couleurs posées en aplats et perspectives aplaties nourrissent alors une œuvre dans laquelle la construction de l’image compte autant que le sujet.

Le parcours s’ouvrira sur les lieux publics et le spectacle de la vie parisienne. Les divertissements, le désir de paraître et la recherche de reconnaissance fournissent à l’artiste une matière sociale qu’il observe avec humour. Dans Le Provincial (1909), présenté parmi les visuels de l’exposition, un homme et une femme partagent une table. Le rapprochement des silhouettes, les visages et les verres suffisent à faire travailler notre imagination : une situation se dessine, sans que son dénouement nous soit livré.

Un homme et une femme assis à une table, dans Le Provincial de Félix Vallotton, peint en 1909.
Félix Vallotton, Le Provincial, 1909. Huile sur toile, 50 × 53 cm. Zurich, Fondation d’Art Pauline. Avec l’aimable autorisation de la Fondation d’Art Pauline.

L’intimité sous tension

La visite annoncée fera ensuite place aux scènes d’intérieur. Avec Intimités, suite de dix gravures sur bois, Vallotton observe les tensions de la vie conjugale. Les contrastes entre le noir et le blanc donnent aux corps, aux meubles et aux espaces une présence particulièrement forte. Le décor participe à ce qui se raconte.

Dans Cinq heures (1898), un couple s’étreint au milieu d’un salon. Le paravent au premier plan, les meubles et l’emplacement des figures organisent notre accès à la scène. Cette manière de cadrer donne envie de penser au cinéma : une situation est saisie à un instant précis, tandis que son avant et son après restent à inventer. Le communiqué souligne d’ailleurs les affinités de cette mise en scène avec celle des pionniers du cinéma, contemporains de Vallotton.

La famille et le corps, traversés d’ambiguïtés

Le parcours abordera également les nus et la vie familiale. La représentation de la beauté féminine y sera envisagée dans son ambivalence, entre attirance et désillusion. Les portraits de son épouse Gabrielle Rodrigues-Henriques et de ses beaux-enfants ouvriront une autre perspective sur l’intimité.

L’enfance elle-même peut devenir inquiétante. Dans Le Ballon (1899), conservé au musée d’Orsay et annoncé dans le parcours, les ombres compliquent la lecture d’une scène de jeu. Ce qui paraît d’abord familier demande un second regard. C’est peut-être là que réside l’intérêt le plus actuel de Vallotton : nous rendre attentifs à ce que les apparences laissent de côté.

Cette exposition thématique est conçue et produite par Culturespaces, en collaboration avec la Fondation Félix Vallotton. Le commissariat est assuré par Isabelle Cahn et Pierre Curie, avec le conseil scientifique de la Fondation et de Katia Poletti.

Informations pratiques

Vallotton. La Comédie humaine
Du 26 février au 1er août 2027.
Musée Jacquemart-André, 158 boulevard Haussmann, 75008 Paris.

Horaires annoncés : tous les jours de 10 h à 18 h ; jusqu’à 21 h le vendredi et 19 h les samedis et dimanches. Dernière admission 30 minutes avant la fermeture.

Tarifs et réservation : les tarifs de cette exposition ne figurent pas dans le communiqué reçu. Consulter le site officiel du musée Jacquemart-André pour les informations de billetterie.

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