Toulouse prépare un printemps qui ne sera pas juste “un festival de plus”. Du 29 mai au 28 juin 2026, Le Nouveau Printemps revient avec une édition qui ressemble davantage à une déclaration d’amour à la ville qu’à une opération culturelle bien emballée. Pas une déclaration façon carte postale, mais quelque chose de plus vivant, plus risqué, plus incarné, comme un choc doux qui traverse un quartier et laisse des traces.
Pour imaginer cette édition, le festival s’offre une figure rare : Rossy de Palma. On la connaît évidemment pour le cinéma, pour cette présence inimitable qui appartient à l’histoire d’un certain imaginaire espagnol, mais Le Nouveau Printemps ne l’invite pas pour “faire joli” sur une affiche. Rossy de Palma est artiste associée, et ça change tout. Cela veut dire qu’elle compose l’édition, qu’elle en donne le ton, qu’elle en fabrique l’esprit, comme on construit un film : par choix, par rythme, par rencontres, par gestes.
Après matali crasset (2023), Alain Guiraudie (2024) et Kiddy Smile (2025), le festival continue d’affirmer une ligne qu’on aimerait voir plus souvent : une création contemporaine qui reste accessible sans jamais devenir tiède, populaire sans se simplifier, exigeante sans se refermer. Et en 2026, le mot qui revient, celui qui semble porter l’ensemble, est assez clair : liberté.

Ce matin, lors d’une conférence de presse à la Fondation Cartier, Rossy de Palma a d’ailleurs posé une phrase qui résume parfaitement sa manière d’être au monde, et peut-être aussi l’esprit de cette édition :
« Les artistes sont des vecteurs de l’art. »
Elle ne parle pas comme une “personnalité invitée”, elle parle comme quelqu’un qui sait que l’art n’est pas un statut, ni une propriété. C’est une circulation, une intensité qui traverse les gens, les lieux, les moments. Elle insiste aussi sur ce qu’elle est : une artiste interprète, et non une comédienne. Une nuance qui dit beaucoup. Elle ne vient pas jouer un rôle, elle vient provoquer des rencontres, faire advenir des formes, créer des ponts.
Car l’autre axe majeur de cette édition, c’est l’Espagne. Pas une Espagne folklorique, pas une Espagne réduite à des clichés. Plutôt une Espagne comme perspective artistique et européenne, comme direction assumée, comme espace de coopération. Le festival veut profiter de cette orientation pour engager des collaborations avec d’autres organisations et renforcer un axe binational, au moment même où l’Europe culturelle se construit souvent dans les marges, dans les projets concrets, loin des discours.
Et puis il y a le territoire. Le Nouveau Printemps 2026 s’ancre dans un secteur très précis de Toulouse : Marengo, Bonnefoy, Jolimont, autour du quartier de la gare. Un choix intelligent, parce que ces faubourgs aux origines rurales, commerciales et ouvrières sont aujourd’hui au cœur d’une transformation urbaine majeure. C’est un quartier vivant, central, traversé par des chantiers, des tensions, des attentes, parfois des controverses, mais surtout par une histoire populaire et culturelle extrêmement riche. Le festival ne vient pas s’y poser comme dans un décor, il vient dialoguer avec ce qui bouge. Et c’est là que l’art retrouve son sens : quand il s’inscrit dans un lieu réel, dans un quartier qui se transforme, dans une ville qui se traverse.
Le communiqué évoque d’ailleurs tout un écosystème : la gare, la grande médiathèque, un centre culturel (ancien haras), un centre d’art, des ateliers d’artistes, des architectes, un observatoire, un pôle d’économie sociale et solidaire, et même un futur cinéma. Un terrain parfait pour une édition qui veut connecter la création contemporaine au réel, sans posture.
Sur le papier, la promesse est celle d’un parcours d’exposition inédit, rassemblant des pratiques multiples, en complicité avec les partenaires et les habitant·e·s. Et comme chaque année, le week-end d’ouverture sera pensé comme un moment de rassemblement : rencontres, performances, musiques, projections. On parle déjà de danses flamencas très physiques, de dizaines d’artistes venus du monde entier, et d’un mois qui pourrait transformer Toulouse en scène artistique européenne à ciel ouvert, mais sans perdre ce qui fait le charme du festival : sa capacité à rester traversable, à ne pas intimider.
Rossy de Palma a aussi prononcé une autre phrase, très simple, presque lumineuse :
« La beauté est visible en tout. Être artiste, c’est être éveillé. »
C’est peut-être là, au fond, que Le Nouveau Printemps réussit souvent : rendre l’art moins intimidant, plus accessible, non pas en le simplifiant, mais en le ramenant à quelque chose de fondamental. Le regard. L’attention. La présence.
Le Nouveau Printemps 2026 ne vend pas seulement un programme. Il vend l’idée qu’un mois peut suffire à faire basculer une ville, à la transformer en atelier, en scène, en terrain de rencontres. Et avec Rossy de Palma aux commandes, on peut s’attendre à une édition où les libertés seront assumées, où la beauté surgira dans des coins inattendus, et où l’art cessera d’être un décor pour redevenir une force.
Et franchement : ça donne envie!
Infos pratiques
Le Nouveau Printemps 2026
📍 Toulouse (quartier Marengo / Bonnefoy / Jolimont)
📅 Du 29 mai au 28 juin 2026