Photographies du XIXe siècle du studio Léon & Lévy

Galerie Roger-Viollet, Paris – du 26 février au 6 juin 2026

Il y a quelque chose de vertigineux à se tenir devant ces images.
Elles ont plus d’un siècle. Elles viennent d’Algérie, du Japon, d’Égypte ou d’Espagne. Elles ont été prises par des hommes dont on ne connaît souvent même pas le nom. Et pourtant, elles vibrent.

La Galerie Roger-Viollet présente pour la première fois un ensemble de 66 tirages contemporains réalisés à partir des plaques de verre stéréoscopiques du studio Léon & Lévy. Ces plaques, aujourd’hui conservées par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, représentent un trésor patrimonial d’une ampleur rare : 110 tonnes de verre. Oui, 110 tonnes.

Le Caire (Egypte). Tombeaux des Khalifes. Vers 1880.

Fondé en 1864 sous le Second Empire, le studio Léon & Lévy devient rapidement une véritable machine à produire des images. Les photographes ne sont pas encore des « auteurs ». On les appelle des opérateurs. Leur mission est claire : parcourir le monde et ramener des vues destinées à la vente.

Du Japon aux États-Unis, de l’Algérie à l’Espagne, ils capturent ports, monuments, scènes de rue, paysages exotiques, portraits dits « de populations autochtones ». Ces images sont commercialisées sous forme de vues stéréoscopiques ou de cartes postales.

Nubien paré pour le combat (Haute-Egypte), vers 1880. © Léon & Lévy / Roger-Viollet

Nous sommes avant Instagram. Avant le cinéma. Avant même la carte postale telle qu’on la connaît.
Et déjà, l’image circule.

En 1867, le studio reçoit la Grande Médaille d’Or à l’Exposition universelle de Paris. L’entreprise prospère. Des centaines de salariés y travaillent. Une industrie visuelle est née.

La technique stéréoscopique, mise au point peu après les débuts de la photographie initiée par Nicéphore Niépce, permet de restituer une illusion de relief. Deux images légèrement décalées sont observées à travers un stéréoscope. Le résultat donne l’impression d’entrer dans la scène.

Pour une clientèle bourgeoise du XIXe siècle, c’est une révolution.
On peut voyager sans quitter son salon.

Yokohama, Alger, Le Caire ou New York deviennent accessibles à travers un dispositif optique posé sur une table en acajou.

Intérieur japonais. 1900-1905. © Léon & Lévy / Roger-Viollet

Mais quelque chose manque encore.

La couleur.

De retour à Paris, d’autres mains prennent le relais.
Des femmes, souvent anonymes elles aussi, appliquent à l’aquarelle des teintes délicates sur une plaque de verre insérée entre le positif photographique et une plaque de verre dépoli.

Elles n’ont jamais vu Alger.
Elles ne sont jamais allées au Japon.
Elles interprètent.

Le ciel devient plus bleu que nature. Les kimonos prennent des nuances rêvées. Les façades s’illuminent d’ocre ou de rose selon la sensibilité de la coloriste.

On parle d’objectivité photographique, mais ici tout bascule.
L’image documentaire devient fiction douce.

Ce dialogue entre capture mécanique et geste pictural est fascinant. Il raconte autant le monde photographié que le regard parisien qui le reconstruit.

En 1970, la collection est rachetée pour un franc symbolique par l’Agence Roger-Viollet. Les plaques de verre sont sauvées. Elles rejoignent les collections publiques. Sans ce geste, une part considérable de l’histoire visuelle du XIXe siècle aurait pu disparaître.

110 tonnes de plaques de verre, cela représente des milliers de fragments du monde.
Des villes disparues.
Des visages oubliés.
Des paysages transformés.

Les 66 tirages présentés aujourd’hui sont réalisés en impression jet d’encre pigmentaire de qualité muséale, sur papier Rag Photographique Infinity Canson 310g, numérotés et limités à 30 exemplaires. Format 30 x 30 cm. À partir de 250 euros.

Mais au-delà de l’objet, c’est l’expérience qui frappe.

On y voit un omnibus à cheval à Yokohama vers 1900.
Le port d’Alger vers 1875.
Des rues animées, des architectures coloniales, des silhouettes figées dans un monde qui bascule vers la modernité.

Ces images racontent l’expansion des réseaux, la mondialisation naissante, l’industrialisation du regard. Elles posent aussi des questions contemporaines sur la représentation, l’exotisme, la mise en scène des « ailleurs ».

Pourquoi cette exposition compte ?

Parce qu’elle montre que la photographie n’a jamais été purement mécanique.
Parce qu’elle rappelle que derrière chaque image il y a une chaîne humaine, technique, économique.
Parce qu’elle interroge notre manière actuelle de consommer le monde en images.

À l’heure où l’intelligence artificielle recolorise des archives en quelques secondes, voir ces aquarelles appliquées à la main change tout. Le temps est visible. Le geste est perceptible.

Ce n’est pas simplement une exposition de photographies anciennes.
C’est une plongée dans la naissance d’un imaginaire global.


📍 Informations pratiques

Galerie Roger-Viollet
 6 Rue de Seine, 75006 Paris
Du 26 février au 6 juin 2026

Si vous vous intéressez à la photographie, au patrimoine, à l’histoire des techniques ou simplement au voyage immobile, cette exposition mérite votre attention.

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