Ça reste à voir : parler des films, les faire circuler

Il existe encore des espaces où le cinéma ne se réduit pas à une actualité ou à un verdict. Des endroits où l’on prend le temps de revenir sur les films, de les déplacer, de les confronter à d’autres regards.

Le podcast, porté par Julien Wautier, réunit des voix issues de la critique et de la production : Mathieu Macheret, Frédéric Mercier, Marie Sauvion, Sonia Buchman, avec la participation de Nicolas Billon et Gilles Verdiani.

Le principe tient en peu de choses. Chacun propose des films. Les autres les découvrent ou les revisitent. Et la discussion s’installe. Ce qui se construit au fil des épisodes, ce n’est pas une ligne critique unifiée, mais une matière, faite d’écarts, de points de friction, de souvenirs qui remontent.

Chaque épisode avance par blocs. Un film, puis un autre, puis une chronique. Rien de spectaculaire dans la forme, mais un agencement qui fonctionne, parce qu’il laisse respirer les œuvres.

On sent une attention portée au rythme, à la manière dont les sujets s’enchaînent, sans casser l’écoute. Les transitions ne cherchent pas à être visibles. Elles accompagnent.

Le cinéma du XXe siècle sert de terrain, mais il n’est jamais figé. Il est remis en circulation, depuis aujourd’hui.

Épisode 1 : une entrée par les regards

Le premier épisode installe immédiatement le ton.

Autour de Julien Wautier, avec Marie Sauvion, Mathieu Macheret et Frédéric Mercier, l’invitée Rosalie Varda propose un parcours très personnel.

On passe de Martin Scorsese à Une femme qui s’affiche de George Cukor, puis à L’Aigle des mers. Le fil n’est pas thématique, il est sensible.

La chronique sur La Loi du plus fort de Rainer Werner Fassbinder vient légèrement déplacer l’équilibre, en introduisant une œuvre plus abrasive.

À la fin du premier épisode, après avoir écouté Rosalie Varda évoquer ses premiers émois de spectatrice et quelques souvenirs familiaux, on comprend aussi dans quel environnement elle a grandi. Chez Jacques Demy et Agnès Varda, on recevait du monde, et pas n’importe qui, parmi eux Robert Bresson.

Portrait de Rosalie Varda par Guillaume Louyot
Paris, France. 8th April, 2025, Rosalie Varda presents the exhibition Le Paris d’Agnès Varda about her mother photographic and cinematographic work at Musée Carnavalet in Paris, France – Photo © Guillaume Louyot – Onickz Artworks

Sans vraiment y réfléchir, je me suis retrouvé à aller chercher Pickpocket en VOD. Un geste simple, presque réflexe. Certaines conversations prolongent le cinéma au-delà de l’écoute.

Épisode 2 : lignes opposées, même table

Le deuxième épisode repose sur un contraste assez net.

Les films de Marcel Pagnol, Merlusse et La Fille du puisatier, installent un rapport au monde ancré, direct, presque familier.

Face à cela, Sonia Buchman propose Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino. Le déplacement est immédiat. Le ton, la durée, la violence, tout change.

La chronique autour de Bullet Ballet de Shinya Tsukamoto prolonge encore cet écart. On passe d’un cinéma inscrit dans une tradition à des formes plus fragmentées, plus nerveuses.

Rien n’est rapproché de force. Les films coexistent, et c’est dans cet espace que quelque chose se joue.

Épisode 3 : une époque, plusieurs lectures

Le troisième épisode se concentre sur le cinéma italien des années 70, avec
Au nom du peuple italien de Dino Risi,
Nous nous sommes tant aimés de Ettore Scola,
et Sans Babila : Un crime inutile de Carlo Lizzani.

Trois manières d’aborder une même période, entre satire, mémoire et tension politique.

L’invité Mathieu Robinet introduit Dead Man de Jim Jarmusch, qui vient déplacer l’ensemble vers un autre territoire, plus flottant, plus intérieur.

La chronique signée Gilles Verdiani autour d’un film de Judit Elek prolonge cette ouverture vers des œuvres moins exposées.

La qualité sonore est à souligner. La prise de son est propre, stable, sans effet inutile. L’écoute se fait sans fatigue, ce qui permet de rester dans la durée.

On perçoit aussi une attention au cadre. Qui parle, quand, comment on revient sur un point, comment une idée circule sans être coupée trop tôt. Ce sont des détails, mais ils structurent l’ensemble.

Le partenariat avec Sooner s’inscrit dans cette logique. Les chroniques vont chercher des films moins visibles, parfois enfouis dans les catalogues.

Le podcast ne cherche pas à couvrir le cinéma. Il le remet en mouvement, à partir de choix assumés.

Les films passent de l’un à l’autre, changent de place, prennent une autre valeur selon celui qui en parle. C’est là que le dispositif tient.

Écouter : https://linktr.ee/ca_reste_a_voir

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