Le Biarritz Film Festival Nouvelles Vagues revient du 23 au 28 juin 2026 avec une 4e édition qui affirme très clairement son territoire : un cinéma jeune, international, mutant, traversé par les stars, les auteurs, les plateformes, les genres et les nouvelles technologies. Cette année, l’événement ne se contente pas d’aligner des noms. Il dessine une vraie cartographie du cinéma contemporain.
Le signal le plus visible est la présidence du jury confiée à Kristen Stewart. Son parcours est presque un résumé de vingt ans de cinéma mondial : révélation dans Panic Room, explosion populaire avec Twilight, reconnaissance critique avec Sils Maria d’Olivier Assayas, nomination aux Oscars pour Spencer, puis passage à la réalisation avec The Chronology of Water, présenté à Cannes en 2025. Peu d’actrices incarnent aussi clairement le passage d’un phénomène pop massif à une trajectoire d’auteur radicale.

Autour d’elle, le jury réunit Nathan Ambrosioni, Suzy Bemba, Carolina Cavalli, Esmé Creed-Miles, Ishaan Khatter, Whitney Peak et Raphaël Quenard. Cette composition est passionnante parce qu’elle évite le vieux partage entre cinéma d’auteur et culture populaire. Suzy Bemba passe de Kandisha à Pauvres Créatures. Esmé Creed-Miles est associée à Hanna et au premier film de Kristen Stewart. Ishaan Khatter relie cinéma indien, plateformes et Hollywood. Whitney Peak vient de l’univers Disney, Gossip Girl, Sabrina et Hunger Games. Raphaël Quenard circule entre Quentin Dupieux, Jeanne Herry, Cédric Jimenez, le César et sa propre mise en scène. C’est un jury de l’époque, pas un jury de musée.
Isabelle Huppert sera l’invitée d’honneur de cette édition. Le festival lui remettra un prix pour l’ensemble de sa carrière et elle viendra présenter La Dernière Séance de Peter Bogdanovich. Là encore, le choix est fort. Huppert n’est pas seulement une icône française. Elle est l’une des rares actrices à avoir traversé autant de cinémas sans perdre son danger : Chabrol, Haneke, Verhoeven, Ozon, Cimino, Hong Sang-soo. L’associer à Bogdanovich, à un film sur la fin d’un monde et sur la puissance mélancolique des salles, c’est rappeler que le cinéma se construit autant avec des visages qu’avec des fantômes.

La compétition longs métrages rassemble huit films. Congo Boy de Rafiki Fariala suit un adolescent réfugié congolais à Bangui, qui rêve de musique alors que sa famille est frappée par la violence politique. No Good Men de Shahrbanoo Sadat revient à Kaboul en 2021, juste avant le retour des talibans, à travers le parcours d’une cadreuse de télévision. Les Fraises de Laïla Marrakchi raconte l’exploitation de saisonnières marocaines en Andalousie. Animol d’Ashley Walters plonge dans un centre de détention pour jeunes délinquants. Big Girls Don’t Cry de Paloma Schneideman explore l’adolescence, l’identité et Internet dans la Nouvelle-Zélande de 2006. La Gradiva de Marine Atlan transforme un voyage scolaire à Pompéi en vertige de désir et de colère. La Chaleur de Stéphane Demoustier adapte le roman de Victor Jestin dans une atmosphère de plage, de culpabilité et d’angoisse. Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun revisite le slasher à travers une franchise en ruines, une réalisatrice chargée de la ressusciter, une star recluse et un mélange de désir, de peur et d’hallucinations.
Pour SuperHero.fr, c’est évidemment Teenage Sex and Death at Camp Miasma qui aimante le regard. Jane Schoenbrun travaille un territoire très actuel : la culture de genre comme chambre noire de l’identité. Le slasher n’est plus seulement une machine à tuer des adolescents. Il devient une mythologie contaminée par les fans, les franchises, les traumatismes, la nostalgie VHS, les communautés en ligne et les désirs qui ne savent pas où se poser. Avec Gillian Anderson au casting, le film coche aussi cette case rare : un objet de festival qui peut parler aux cinéphiles, aux amateurs d’horreur et aux spectateurs formés par les séries cultes.

La nouvelle compétition courts métrages va dans le même sens. Huit films, tous présentés en exclusivité française, seront projetés avant les longs métrages. Le jury sera présidé par Anthony Bajon, entouré de Galatea Bellugi, Gohar Martirosyan, Sami Outalbali et SEB. La présence de SEB est loin d’être anecdotique. Elle acte la place des créateurs issus du web dans l’écosystème des images. YouTube, les formats documentaires immersifs, les enquêtes, les récits de voyage, tout cela fait désormais partie de la culture visuelle d’une génération. Le cinéma aurait tort de regarder ces formes de haut. Nouvelles Vagues semble l’avoir compris.
La section Nouvelles Vagues du Monde prolonge cette ambition avec une sélection de films primés ou repérés dans de grands festivals internationaux : Blue Heron de Sophy Romvari, Strange River de Jaume Claret Muxart, En Route To de Yoo Jae-in, Short Summer de Nastia Korkia et A Family de Mees Peijnenburg. On y lit un désir de repérage, presque de veille cinéphile : identifier les cinéastes qui sont déjà en train de déplacer les lignes ailleurs.

Le jeudi 25 juin, la journée Cinéma & IA sera l’un des vrais points chauds de l’édition. Le programme annonce une journée gratuite au Théâtre du Casino Municipal pour comprendre comment l’intelligence artificielle transforme le cinéma, des outils aux usages, jusqu’aux nouvelles formes de création. L’événement abordera la maturité de l’IA en 2026, les nouveaux workflows, la création collective par prompt, l’évolution des métiers, les outils récents pour les cinéastes, la propriété intellectuelle, les voix et sons générés par IA, et la parole d’artistes pour qui l’IA est déjà au cœur du geste créatif.
Les intervenants annoncés donnent du poids au sujet : Guillaume Roques de Google Cloud, Alexandre Dayon, Samuel Bernier, Floriane Bont et Stéphane Tranquilin du Prompt Club, Matthieu Blanc et Alexandre Caussignac de Google Cloud, Simon Bouisson, Elisha Karmitz de MK2, David Danesi de Digital District, Sarah Cledy, Emmanuel Lipszyc, Jessica Forster, Alec Wilcock d’ElevenLabs, Obvious, Melody Bossan et Anne Horel. On n’est pas dans la table ronde décorative. On est dans le dur : métiers, droits, outils, production, création, sons, voix, auteurs.

Cette journée est probablement l’un des enjeux les plus importants du festival. L’IA ne va pas simplement “aider” le cinéma. Elle va modifier la manière de préparer, produire, monter, truquer, doubler, vendre et peut-être même imaginer les films. Le sujet est explosif parce qu’il touche à la propriété intellectuelle, au travail des techniciens, au statut des artistes, mais aussi à une question plus intime : qu’est-ce qu’une image de cinéma quand elle n’est plus forcément captée par une caméra ?
Les invités Gazteria renforcent la densité cinéphile de l’édition. Marion Cotillard viendra présenter Rize de David LaChapelle, documentaire sur le krumping à Los Angeles, né dans une culture urbaine marquée par l’exclusion, la danse et la violence sociale. Xavier Dolan viendra présenter Matthias & Maxime, film sur l’amitié, le trouble amoureux et la puissance de déstabilisation d’un simple baiser de cinéma. Vincent Maraval viendra présenter Les Bêtes du Sud Sauvage de Benh Zeitlin. Ce ne sont pas des choix neutres. Ce sont des films sur les corps, les communautés, les marges, les émotions trop grandes pour tenir dans un cadre sage.
Nouvelles Vagues 2026 semble donc prendre le cinéma au bon endroit : là où il se transforme. Le festival regarde les stars, mais aussi les jeunes cinéastes. Il regarde les salles, mais aussi YouTube. Il regarde les auteurs, mais aussi les franchises. Il regarde l’océan, mais aussi l’IA. Il accueille Huppert, Stewart, Dolan, Cotillard, Quenard, Schoenbrun, SEB, Google Cloud, MK2 et ElevenLabs dans un même mouvement. C’est précisément ce mélange qui rend l’édition intéressante.
Le cinéma contemporain est une zone de collision. Nouvelles Vagues 2026 semble vouloir s’y installer franchement.
